Hadra Chefchaounia

Biographie

Hadra Chefchaounia
Chants soufis des femmes de Chefchaouen
Maroc
En tournée
12 artistes sur scène

Sayda Rahoum Bekkali, direction

Texte: Laurent Aubert, directeur des ateliers d'ethnomusicologie de Genève - ADEM

Située dans le Nord du Maroc, sur les premiers contreforts de la chaîne montagneuse du Rif, la petite ville de Chefchaouen est le centre d’une tradition musicale et poétique riche et diversifiée. L’une de ses expressions les plus remarquables s’est cristallisée dans une forme particulière appelée hadra. La hadra (littéralement : « présence ») est un rituel qui se pratique dans le contexte spirituel des assemblées des confréries religieuses rattachées au soufisme. Elle comporte des invocations, des louanges et des prières chantées, dont la finalité est de parvenir à un certain état d’extase (wajd), considéré comme le fruit d’une union avec la présence divine. Cet art se manifeste aujourd’hui notamment lors des moussem, les anniversaires et les festivités, et spécialement celui du Mouloud, l’anniversaire de la naissance du Prophète Mohammed.

Remontant au XVIe siècle, la hadra de Chefchaouen est l’apanage de la prestigieuse lignée de l’ordre soufi des Bekkaliya. Sous la direction spirituelle du maître Sidi Ali Hadj Bekkali, de son fils Sidi Mohamed El Hadj, puis de Sidi Ali Berreyssoul et Sidi Yahia Al-Hindi, cette confrérie a légué un héritage important d’enseignements et de poèmes religieux, d’invocations et de chants populaires. ?Une des personnalités marquantes de cette lignée de maîtres spirituels est la sainte Cherifa Lalla Hiba Bekkaliya, rattachée à la zawiya (lieu de réunion d’une confrérie) Bekkaliya du village de Douar Haraïk, situé sur le territoire de la tribu des Ghzaoua. C’est elle qui passe pour être à l’origine de la hadra des femmes de Chefchaouen, dont la pratique s’est maintenue sans interruption jusqu’à nos jours.

D’une beauté féerique, cette expression est aujourd’hui en plein essor grâce à la détermination d’une jeune mère de famille charismatique, Rahoum Bekkali, actuelle dépositaire de cet héritage familial. Fille d’un cheikh, elle est en outre diplômée en musique arabo-andalouse (chant et ‘oud), raison pour laquelle elle soigne particulièrement la dimension esthétique de cet art spirituel. C’est dans cette perspective qu’elle transmet régulièrement son héritage à un groupe de jeunes filles de la région de Chefchaouen, auquel elle a donné le nom de Akhawat el-Fane el-Assil, les « Sœurs de l’art traditionnel ».

Toutes célibataires – hormis Rahoum elle-même – et âgées de 15 à 22 ans, ces jeunes femmes se réunissent trois fois par semaine pour s’exercer entre elles à cette hadra purement féminine. De l’avis de Rahoum, ces séances sont autant des hadra à proprement parler que des répétitions en vue des présentations « culturelles » de leur répertoire auxquelles elles se livrent occasionnellement. Si elle a soin de préciser qu’elles ne chantent jamais pour les mariages, dont l’ambiance trop profane ne convient pas à leur répertoire, elles se sont cependant produites en divers festival, au Maroc (Festival de musique sacrée de Fès, Nuits de la Méditerranée à Tanger, Festival Mawazine de Rabat) comme à l’étranger, notamment à l’Institut du Monde Arabe de Paris.

L’ensemble Akhawat el-Fane el-Assil s’attache à préserver cet ancien héritage du soufisme et des traditions populaires, en y rajoutant une part de créativité et d’originalité. Les paroles des chants sont des poèmes en arabe provenant soit de la tradition familiale des Bekkali, soit du répertoire soufi des chants de sama‘ composés par des maîtres de la tradition classique arabo-andalouse, tels que Ali al-Halabi, Abu Mohammed al-Harraq ou al-Shushatri.

Lors de la hadra, les chanteuses sont vêtues du costume traditionnel de fête des femmes rifaines. Une partie d’entre elles sont assises par terre en demi-cercle et certaines jouent de différents tambours (bendir, darbuka, tabl, tar, ta’rija) ; les autres se tiennent debout et chantent en frappant des mains, se balançant tantôt de gauche à droite, tantôt d’avant en arrière, selon les techniques d’extase – à peine stylisées – de la hadra des femmes. Quant à la soliste (munshida) Sana Kallouche, dotée d’une très belle voix, elle cisèle à merveille l’ornementation de mélodies dont la teneur est assurée par un chœur féminin très homogène. Elle chante parfois aussi en solo, a cappella ou discrètement accompagnée au ‘oud par Rahoum Bekkali.

La hadra des femmes de Chefchaouen fascine autant par ses textes poétiques et ses mélodies que par la beauté de ses formes plastiques et chorégraphiques de toute beauté. Débutant sur un tempo lent et majestueux, la hadra intègre progressivement des mouvements rythmiques qui prennent de plus en plus de vivacité avec les percussions et les youyous des femmes, pour atteindre son apogée avec cette sorte d’extase, qui constitue l’essence de la hadra.

 

REFERENCES
Konya International Mystic Music Festival (TU), Sommarscen - Malmö (SWE), Palais des Beaux Arts - Bruxelles (BE), Cité de la Musique - Paris (FR), Festival Les Orientales (FR)

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